PARIS SCIENCES & LETTRES (PSL)

Exposition D’Antigone à Marianne

Rêves et réalités de la République dans les collections des Beaux-Arts de Paris

Présentation par Emmanuel Schwartz, commissaire, conservateur des peintures et sculptures aux Beaux-Arts de Paris

Une histoire de la pensée républicaine aux Beaux-Arts, des sujets antiques aux images modernes.

Les grands combats qui définirent la République française sont reflétés par les styles et les courants artistiques que les maîtres et les élèves de l’École des beaux-arts ont privilégiés : le néoclassicisme davidien puis le réalisme ont servi tour à tour le nationalisme révolutionnaire, le socialisme fouriériste, l’engagement social, ouvrier et paysan… Tous sont représentés dans les collections de l’École des beaux-arts.

L’exposition met en valeur les artistes de l’École qui ont marqué leurs œuvres de pensée républicaine, de 1789 à 1939, à travers trois républiques et quatre moments révolutionnaires. Jules Dalou, par exemple, incarne à jamais, par sa vie et son oeuvre, l’engagement républicain de l’artiste dans les périodes décisives de la démocratie française. Mais la place d’honneur revient à David d’Angers, maire républicain du quartier sous la seconde république, éternel révolté contre les rois et les empereurs, exilé par Napoléon III, comme Victor Hugo : il laissa, sous la forme de portraits en médaillons, une galerie des enfants du siècle, acteurs ou victimes de l’idéal républicain.

L’École anticipa sur bien des points les principes politiques et pédagogiques de la République française moderne. L’idée même d’instruction publique, gratuite et laïque était en germe sous la Révolution : elle trouve son application dans le système des concours anonymes et des bourses, qui offrirent à des artistes pauvres des carrières prestigieuses.

Elle s’appuie aussi sur la création de collections muséales à vocation pédagogique – l’École a hérité d’une partie du Musée des monuments français, créé par la Révolution, qui l’a enrichie de multiples donations.

Après la Révolution, l’École systématisa, dans les concours scolaires, l’étude de sujets traitant des républiques romaine et athénienne, complétée par la référence gauloise. Même au temps de la restauration des Bourbons, de la monarchie de Juillet et du second Empire, à plus forte raison lors des révolutions, en 1830, entre 1848 et 1851, les sujets des concours privilégiaient les grands noms, martyrs ou tyrannicides, des républiques antiques, qui enseignent aux temps modernes le culte de la Vertu et la haine de la tyrannie : l’assassinat de César par Brutus, les suicides de Caton et de Démosthène, et surtout la noblesse tragique d’Antigone, l’héroïne de Sophocle, combattant le pouvoir injuste de la Cité.

Les travaux des anciens élèves ont peuplé Paris et la France de bâtiments et d’allégories voués à la République. Les grands concours pour la figure de la République, organisés dans l’École en 1848, 1878, 1880, fixèrent le portrait d’une Marianne, avec ou sans bonnet phrygien, selon l’audace des jurys.

Au total, ce sont environ deux cents œuvres qui seront présentées, de toute nature et d’origine très variée : peintures, dessins, gravures, sculptures, médailles, études scolaires, projets d’architecture, œuvres muséales, photographies anciennes des grands événements historiques…

 

 

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