UNIVERSITÉ PSL (PARIS SCIENCES & LETTRES)

Aux arts et aux armes

iconographie des révolutions, 1848-1872


France, Mexique, Suisse

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Cette exposition virtuelle réalisée dans le cadre du projet Iris Études globales de l’Université PSL confronte les productions iconographiques de trois espaces politiques, de part et d’autre de l’Atlantique – France, Mexique et Suisse – au milieu du XIXe siècle. Dans les trois cas, ce moment paraît décisif, à la fois dans l’histoire des idées républicaines ou libérales et dans la diffusion, encore très inégale, des images politiques, qui connaissent alors des changements majeurs.

En France, la révolution de février 1848 met fin à la monarchie de Juillet. Le gouvernement provisoire établit le suffrage universel et proclame la IIe République dont la constitution est adoptée le 4 novembre. Mais les sanglantes « journées de juin » mettent très vite fin à l’illusion lyrique d’une réconciliation et d’une union des classes autour du régime. En Suisse, la montée en puissance du radicalisme dans les années 1830 conduit à un renversement des majorités ainsi qu’à de multiples tensions qui aboutissent à la guerre civile du Sonderbund en décembre 1847. Forts de leur victoire sur les conservateurs, les radicaux établissent la nouvelle Constitution helvétique du 12 septembre 1848, qui pose les bases de l’État fédéral moderne en réaffirmant notamment les droits des citoyens et en établissant un nouvel équilibre entre le pouvoir fédéral et celui des cantons. Au Mexique, la Révolution d’Ayutla de 1854 met fin à la dictature du Président Antonio López Santa Anna et débouche sur la constitution en 1857 et les lois de réforme (leyes de reforma), associées à la figure libérale de Benito Juárez (1806-1872), puis sur les guerres de Réforme (1857-1861) après lesquelles seulement, entre la fin des années 1860 et le début des années 1870, les idées républicaines furent définitivement adoptées.

Or ces bouleversements politiques majeurs ne sont pas séparables de bouleversements esthétiques et symboliques qui impriment de profondes mutations au statut de l’art et des artistes, aux rapports entre ceux-ci et le pouvoir, à la place du visuel et des stratégies figuratives dans la lutte politique, signant par là l’avènement d’une nouvelle modernité.

Dès la fin des années 1820 et le début des années 1830, par exemple, les progrès de la lithographie conduisent en France, puis rapidement dans d’autres pays, à la naissance du journal satirique illustré. En France, Charles Philippon fait ainsi appel aux meilleurs illustrateurs du temps pour lancer en 1830 un premier titre, l’hebdomadaire La Caricature, vite suivi du quotidien le Charivari à partir de 1832. La critique de la monarchie de Juillet et bientôt l’engagement républicain s’y expriment sans fard, dès 1832, jusqu’au durcissement de la censure sous les gouvernements de Thiers et de Guizot, au changement de direction et au positionnement anti-révolutionnaire adopté en février 1848. En Suisse, les premiers journaux satiriques illustrés apparaissent à la fin des années 1830, en particulier à Lausanne (Nouveau Charivari politique vaudois) et à Berne (Gukkasten) avant de connaître un rapide développement à la faveur de la nouvelle législation de 1848 sur la presse. Or ces images nouvelles de la presse satirique recyclent et influencent à la fois les productions artistiques plus « nobles ».

De même, la concomitance de la diffusion du portrait photographique et de l’arrivée au pouvoir d’un nouveau personnel politique s’avère décisive. En France et en Suisse dès la fin des années 1830, comme au Mexique, où les officines de daguerréotypes fleurissent au cours de la guerre de 1847-1848, la légitimation des nouveaux dirigeants emprunte en partie les chemins de la multiplication de leurs portraits : elle bénéficie des techniques révolutionnaires du daguerréotype et de la lithographie, qui conjointement rendent possibles la diffusion massive des images et l’identification fidèle des personnes, représentées de manière de plus en plus précise. Les portraits d’hommes politiques parfaitement reconnaissables envahissent alors l’espace public à travers la presse, la caricature, les affiches, contribuant à la politisation inédite de celui-ci.

Enfin, certaines inventions visuelles, comme les portraits de groupe, les figures de la loi ou de la constitution sous forme de monuments, ou encore les représentations allégoriques d’abstractions politiques comme la souveraineté populaire ou le suffrage universel, témoignent, elles aussi de l’importance de cette décennie 1848-1857 dans la formation d’un langage politique figuratif nouveau où se mêlent héritage de l’iconographie révolutionnaire française (bonnet phrygien, faisceaux de licteurs, héros antiques), traditions artistiques vernaculaires (armes des cantons suisses, symboles et héros nationaux comme l’aigle et le cactus au Mexique), expérimentations multiples.

A l’évidence, les arts sont l’une des ressources du combat politique des révolutions du milieu du XIXsiècle. Leurs innovations techniques et iconographiques, leurs inventions visuelles rendues possibles par la circulation des modèles et le brassage des langages figuratifs, leur mobilisation sans précédent de la part des partisans des idées nouvelles comme de leurs adversaires participent de l’irruption des masses dans la politique moderne : elles les mettent en scène mais aussi les informent, les enrôlent et les somment de prendre parti. La décennie 1848-1857 au cœur de cette galerie virtuelle constitue par là un tournant que seule l’approche comparée choisie ici permet de saisir dans sa complexité et sa diversité.

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INTRODUCTION

aux arts et aux armes

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1 Thématique

Performativité et pouvoir politique de l’image

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2 Thématique

Désincorporation et collégialité

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3 Thématique

Le granit de la souveraineté du peuple

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4 Thématique

monumentalisation de la loi

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Olivier christin
Centre Européen des études républicaines PSL
Olivier Lamon
Institut historique allemand de Paris
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Centre Européen des études républicaines PSL
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Centre Européen des études républicaines PSL

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